Depuis l’âge de bronze, le Viêt-Nam a été convoité par beaucoup d’antagonismes : les Chinois pour l’opium, les Français pour la religion et les Étasuniens pour rien.
Le poète Nguyen Trai traduit la domination chinoise en ces termes : « Toute l’eau de la Mer orientale ne saurait suffire à effacer la tache de leur ignominie. Tous les bambous des montagnes méridionales ne sauraient donner assez de papier pour pouvoir dresser la longue liste de leurs crimes. »
Beaucoup de choses ont été dites sur les effets catastrophiques des guerres en termes humains et économiques : celle du Viêt-Nam fût un véritable écocide. La force armée étasunienne a déversé 72 millions de litres d’herbicides (agent orange, blanc et bleu) sur 16 % ;des terres du Viêt-Nam du sud dans le but de priver d’abris les troupes vietcong.
Dommages irréversibles, cicatrices encore visibles, faune décimée et flore en programme de reboisement : tant de signes qui nous rappellent les atrocités des grandes puissances toujours envieuses de posséder tout. Certaines forêts recommencent à pousser, le chimique s’étant déversé dans la mer. D’autres dégâts sont à prévoir. On a tué l’environnement pour des décennies à venir. Et c’est ainsi que le Viêt-Nam demeure un des pays les plus pauvres d’Asie. Le communisme, de son côté, n’a pas fait que du bon.
Il a réunifié le nord et le sud, mais c’est toujours à couteaux tirés qu’on règle les problèmes.
Toutefois, le Vietnamien moyen réussit malgré tout à survivre. La façon dont il y parvient reste un mystère. À la campagne, on cultive et on construit soi-même la maison familiale. En ville, le salaire moyen ne dépasse pas 140 $ par mois. Avec ses 77,8 millions d’habitants, jadis encouragés par des politiques de natalité (plus on est nombreux, plus on est fort), le Viêt-Nam prendra du temps avant de freiner l’expansion démographique qui affaiblit son économie. Mais aujourd’hui, on tente de limiter la croissance. Maximum deux enfants. Le troisième peut se voir refuser la déclaration de naissance et l’éducation. Le Viêt-Nam essaie de s’ouvrir au capitalisme même s’il n’a ni les idées ni l’argent pour le faire.
Maintenant, laissez-moi vous présenter Mario, un ami globe-trotter qui va poursuivre cet article avec nous. En novembre 2002, il est parti explorer le Viêt-Nam. Son périple a duré trois mois.
Il en est revenu plein d’images dans la tête et c’est avec empressement qu’il déballe tout son itinéraire et pointe pour nous les faits saillants de son voyage. Beau jeune homme, fringuant, fin trentaine, fonceur et curieux, Mario débarque au pays du Dragon. L’itinéraire ? Sa bonne étoile le guide vers la route à suivre pour jouir pleinement de ses découvertes. Il nous livre ses réflexions avec une lueur pétillante dans les yeux, dans l’essence même de ce pays si loin de nous.
Mario est arrivé à Hanoi, au nord, qui se refroidit en automne, et est descendu jusqu’à Hô Chi Ming-Ville (Saigon), au sud, au climat plus clément et printanier en hiver.
Hanoi est la capitale où 3,5 millions d’habitants déferlent dans les rues quotidiennement. Vieille ville de fonctionnaires et centre du parti communiste dont l’influence rayonne dans tout le pays, Hanoi mérite au moins quelques jours de découverte. L’hébergement est facile à trouver (en basse saison) : de la petite piaule locale aux hôtels de première classe, tout est accessible. Les chambres sont très respectables un peu partout au Viêt-Nam.
Pour 15 $, on trouve un petit nid confortable et propre. Pour un léger supplément, on obtient la climatisation. En ville, les cafés de voyageurs dominent la restauration bon marché. Ils poussent comme des champignons et sont un bon point de ralliement pour rencontrer d’autres voyageurs, voguer sur Internet, élaborer itinéraires et réserver une pléiade d’excursions de tout acabit. On vous proposera de très beaux circuits en ville et à proximité. Visitez avec un guide local. En petit groupe, c’est aussi très enrichissant et cela vous permet alors des circuits plus classiques à moindres coûts et peut-être en français. N’hésitez donc pas à sortir des sentiers battus. Flânez dans les cafés jardins où bonsaïs et oiseaux exotiques font bon ménage avec l’environnement.
Quelques noms de rues en vrac si vous êtes curieux : Bao Khanh (petite rue courte), rue Hang Hanh et Hang Gai. À vous de découvrir ! Le lac Hoan Kiem, au coeur de Hanoi, scintille dans un écrin d’arbres centenaires. Une belle légende s’y rattache. La pagode au pilier unique vaut le détour. Elle repose sur un pilier de 1,25 m où figure une fleur de lotus, symbole de pureté. Un incontournable est le théâtre de marionnettes aquatiques qui trouverait son origine dans l’entêtement des marionnettistes du delta du fleuve Rouge, déterminés à continuer leur spectacle malgré une inondation. Depuis, c’est une tradition. À voir absolument.
La baie d’Along – là où le dragon descend dans la mer – avec ces 3 000 îles et pics rocheux, constitue l’une des émeraudes du Viêt-Nam.
Il faut y rester de 2 à 3 jours, faire une excursion en bateau, arrêter sur l’île de CatBa, se baigner, visiter les villages flottants où les pêcheurs cultivent perles et poissons, se payer une traite sur un bateau restaurant mettant à l’honneur les fruits de mer. Et plus encore.
Dans les environs, la Pagode de la rivière des parfums (60 km) est une belle excursion à ne pas manquer. Dans la foulée de ces découvertes, Mario rencontre des habitants sympathiques et affables.
La surprise de voir dans la campagne vietnamienne un étranger s’intéresser à la culture et aux gens du pays ne rate pas d’en surprendre plus d’un et c’est avec enthousiasme que tout un chacun sert de bonne étoile à notre aventurier.
Dans le centre du pays, la vieille ville de Hué conserve de nombreux tombeaux impériaux tandis que Danang vous amène directement à la plage China Beach avec son infrastructure touristique qui attire le beau monde. Hoi An, belle petite ville paisible près de la mer, vous annonce déjà sa plage Cua Dai à 5 km. Les artistes y ont élu domicile. C’est aussi une ville de tailleurs qui vous confectionnent un costume en une nuit pour 40 $. Vous choisissez le tissu parmi une grande variété. Satisfaction assurée.
Nha Trang est une ville assez importante directement sur la plage. À voir dans la région : source d’eau chaude et grottes. De là on descend 60 km au sud à la plage de Mui Né près d’un petit village de pêcheurs. Les dunes de sable vous attendent.
Dalat se situe dans les hauts plateaux verdoyants et frais. Les environs vous offrent un panorama digne des plus grands repérages cinématographiques. Deux villages typiques de minorités non intégrées, Buon Ma Thuot et Pleiku, pointent leurs plus belles couleurs locales et vous attirent dans le mystère de leur passé singulier.
Nous sommes déjà rendus à Hô Chi Ming-Ville (Saigon) qui nous annonce la fin de ce voyage. C’est de là que Mario va revenir de son périple. La plus grosse ville du Viêt-Nam compte cinq millions d’habitants et présente les contrastes les plus divers.
Toutes les régions confondues viennent chercher travail et fortune dans cette agglomération urbaine surpeuplée. Et là comme partout ailleurs au pays, il faut être vigilant pour trouver son chemin, car la ville ne compte qu’une vingtaine de noms de rues principales. Généralement des noms de héros. Un guide peut s’avérer très utile. Le quartier central Pham Ngu Lao concentre tous les petits hôtels, cafés rencontres et Internet, boutiques, bars et agences à chaque coin de rue. C’est là qu’on trouve des masseurs à vélo avec sonnettes, qui vous avisent de leurs services avec « gros » extra pour 6 $ de plus. À prendre ou à laisser !
À voir : la pagode de l’empereur de Jade et le Musée des beaux-arts qui permettent un survol des plus intéressants de la culture.
Vous cherchez quelque chose, un cadeau ? Le marché couvert de Ben Thanh aura ce qu’il vous faut, mais attention les copies de marques connues se retrouvent sur plusieurs étals et il faut être fin renard pour dépister le vrai du faux. Rolex, Versace, Gucci et autres grandes griffes sont reproduites à grande échelle avec allégresse. Il y a aussi la loterie. Un Viêt-Namien sur deux vend des billets de loterie et l’autre moitié les achète ! Le quartier Dong Khoi héberge les plus grands restos de la ville et attire un nombre record de touristes. Japonais en tête de lice, Chinois et Français viennent voir l’Indochine et peut-être Catherine Deneuve sans supplément s’ils sont chanceux !
La vie gaie semble un peu plus évidente dans cette ville, quoique la dimension des bars soit identique à celle de Hanoi. L’adresse exacte des bars est rarement indiquée. Le plus populeux est le Spartacus, suivi du Café 343. Par contre, entre 17 et 20 heures, vérifiez les moments où le bar sera gai. Le sauna International Club est pour la rencontre seulement. La clientèle est mixte jusqu’au hammam.
Dans les environs de Hô Chi Ming-Ville on pourra vous offrir du serpent au menu. Attention, il vous faudra boire le sang de la bête avant de la manger.
Pour dessert, le coeur vivant du serpent ne se refuse pas quand on est l’invité de marque. Pour oublier ? L’incontournable delta du fleuve Mekong (un des plus grands deltas au monde) propose des excursions sur les canaux, un marché flottant aux mille couleurs, la visite de fabriques de papier de riz, l’élevage vers à soie, promenade en bateau sur les milliers de canaux où vous pouvez aller d’îles en îles à la découverte des plantations de fruits exotiques.
Ce n’est pas assez pour vous ?
Mario vous propose de passer par Cantho et Mitho. Deux petites villes charmantes directement sur l’eau d’où toutes les excursions sont possibles. Il faut voir Phu Quoc – petite île à la plage sauvage près du Cambodge qui la considère sienne. L’histoire se répète. Il y a aussi la très pittoresque Ha Tien, à cinq heures de bateaux assis entre des cochons, deux travestis bâtis comme des armoires à glace et des canards. On ne peut plus pittoresque. Et la magie fonctionne. Et maintenant quelques thèmes qui vous aideront à profiter davantage de cette expérience unique qu’est le Viêt-Nam.
Un guide touristique est essentiel pour bien apprécier le Viêt-Nam. Il vous informera sur la culture du pays, les us et coutumes à respecter. Vous n’en serez que mieux accueilli. Le Lonely Planet est une source intarissable de renseignements pratiques sur le Viêt-Nam, son peuple, ses traditions et ce qu’il faut faire ou ne pas faire.
Chaque ville a sa spécialité culinaire.
À vous de laisser vos papilles déguster les produits locaux ; le riz est à la base de tout repas. Parmi les spécialités : soupe de crabe, riz collant farci de porc et de pâte de fèves. Le cha ca est un hachis de poisson et le gio lua, un pâté de porc servi dans une feuille de bananier. La soupe chinoise pho est un met traditionnel qui se prépare de 17 façons différentes. Les repas sont généralement communautaires et pris à l’extérieur. La spécialité culinaire de Hanoi est le banh cuon – genre de ravioli farci cuit à la vapeur. On peut manger du chien certains jours du mois. Se renseigner sur place ! En ce qui a trait à la crème glacée, c’est une autre histoire : les kem (glaces) ont fait leur apparition industrielle dans le pays lors de la présence de l’armée étasunienne. Celle-ci loua les services de deux entreprises qui construisirent des dizaines d’usines de crème glacée dans tout le pays pour ravitailler les troupes. La population locale a fini par y prendre goût. Coutumes.
Les pieds fins et nez aquilins, gages de beauté, intriguent les locaux. Les Vietnamiens préfèrent les peaux claires. Il est de mauvais ton d’afficher (même chez les paysans) un visage halé. Manches longues, gants et chapeau conique sont de mise. Les torses poilus des étrangers en étonneront plus d’un qui sera tenté de les toucher et palper par simple curiosité.
Tout le monde parle vietnamien. Dans les grandes villes, si vous êtes chanceux ou qu’on veut vous vendre quelque chose, on vous baragouine l’anglais ou même le français. La langue du pays est très difficile à apprendre et à prononcer. La gestuelle devient le meilleur moyen de communiquer pour se faire comprendre, surtout quand on veut marchander ou manger. Louer les services d’un guide local ou se faire un ami évitera bien des embarras. Temps. Il n’y a pas de bonne ou mauvaise saison pour visiter le Viêt-Nam. Il y fait toujours beau quelque part. Quand une région est humide, froide ou suffocante, une autre est ensoleillée et agréable.
Notre joyeux luron est allé faire une saucette à la discothèque Apocalypse et au Labyrinth à Hanoi. Rien de nouveau sous le ciel gai.
Sylvie Vartan et Johnny Halliday côtoient Sultan et La poupée qui fait non. Les derniers cris de l’heure. La drague et la prostitution font de bonnes affaires. Les bars/karaoké cachent souvent des arnaques sexuelles à touristes. De gros sous peuvent être en jeu si on ne fait pas attention à la gaffe. La tentation est forte et c’est difficile de rester indifférent aux approches sensuelles d’un sourire exotique.
Les bars ferment certains soirs quand la police le décide.
Il faut savoir qu’il y a beaucoup de corruption dans la police. Les journaux officiels le reconnaissent eux-mêmes. Bas salaires, faible niveau d’études et de formation en sont la cause. On exige un pourboire pour rédiger un constat ou autre chose. Mais pour garder le sourire, faites comme les Vietnamiens et considérez ces amendes comme des taxes.
En Asie, l’ampleur de la prostitution est désolante mais réelle, l’offre ne faisant en général que répondre à la demande. La guerre du Viêt-Nam a généré sa première génération de prostitué(e)s afin de satisfaire les besoins des troupes loin du foyer américain. Les pin-up girls ne suffisaient plus à la tâche, donc on a développé le marché local qui s’est étendu jusqu’à Bangkok où les G.I. Jo allaient s’éclater. Depuis, les jeunes locaux ont peaufiné leur acte et c’est maintenant dans les bars qu’ils proposent aux touristes massages et services connexes.
La plus grosse fête asiatique – la fête du Têt – se déroule fin janvier début février.
La vie ralentit pendant au moins une semaine de célébrations. C’est aussi l’anniversaire de tous les Vietnamiens, tout le monde change d’âge le même jour.
Vous serez peut-être invité à souper dans une famille ? La coutume veut que le convive offre un bonsaï aux hôtes ou de l’argent (Lucky money) au plus jeune de la famille pour apporter la chance. Dans les campagnes, des duels vocaux, tournois d’échecs et combats de coqs sont à l’honneur. Il faut donc planifier son voyage et considérer les festivités dans son itinéraire afin de ne pas se retrouver sans logis, car la ville se remplit.
La bicyclette représente le meilleur moyen de se déplacer dans les villes et les bourgades.
Aux heures de pointe, les rues sont bondées de cyclistes tâchant de négocier les carrefours sans feux de signalisation. La densité de la circulation interdit la vitesse. À la campagne, le relief plat offre aux randonneurs la possibilité de parcourir de longues distances sous les salutations des locaux étonnés de voir des touristes pédaler.
Nous arrivons à la fin de ce voyage dans le temps avec notre ami Mario qui a scruté le pays en profondeur avec la curiosité des grands explorateurs.Il nous laisse une dernière recommandation avec un petit sourire en coin : « Vous voulez découvrir le Viêt-Nam ? Appelez-moi sans hésiter et je me ferai un plaisir de vous accompagner et vous servir de guide. Vous n’avez qu’à payer le billet d’avion et je vous conduirai sur les traces du dragon. » Qui dit mieux ?
Richard (Franck) Bourcier
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