Parmi les découvertes dépaysantes qu’il nous est donné de faire en voyage ; Londres est une destination incontournable.
Dès l’arrivée en ville une époque lointaine s’impose par l’architecture. Le temps s’enfuit d’un cartier à l’autre. On se sent vite plonger dans les intrigues de Sherlock Holmes ou dans le décor des ruelles sombres de Jack l’Éventreur. La réalité apparaît encore plus sinistre que dans les contes. Une omniprésence royale trône bienveillant aux dessus de la City, des sujets… et des touristes : la Monarchie. Dans la rue pourtant, l’anarchie prend la relève et semble régner dans le désordre. Bicyclettes et motos sillonnent une circulation conduite à droite et tournant dans tous les sens. Ça prend du temps avant d’en saisir le fonctionnement. On arrive en plein Piccadilly Circus qui fourmille de toutes nationalités venues découvrir l’énigmatique beauté d’un royaume qui a subi un lifting pour le grand jubilée. Ce petit square est le centre nerveux de Londres et se permet de faire du bruit jusqu’aux petites heures du matin. À partir de celui-ci, on peut visiter le tout Londres : des catacombes fantasmatiques aux dernières élucubrations des nouveaux architectes… et plus encore.
De cette ville reconstruite après le Grand Feu de l666, il y a beaucoup à voir. Préparez-vous à marcher : la Tour de Londres, le Tower Bridge et le London Donjon sont tous à proximité les uns des autres. On oublie l’heure, la date… et le siècle dans lequel on est. C’est le retour au temps flamboyant des Henris et des Victorias. Les chevaliers affichent leurs plus beaux costumes dans les musées de Sa majesté qui, pour son jubilée, avait frotté couronnes et accessoires qu’elle nous présentait sur un tapis roulant… et croyez-moi « She is no drag ». À faire crever Mado d’envie.
Le fameux pont levant Tower Bridge, une visite en soi, nous offre une vue extraordinaire sur la Tamise qui s’ajoute aux trésors tant convoités de la monarchie.
Un peu fatigués on s’assied sur un banc de parcs aux appuie-bras ciselés en tête de cygne, vue imprenable sur le Big Ben… Ah oui ! Il ne faut pas oublier d’aller y faire un tour : ce qui veut dire un bon 4 heures à s’imprégner des richesses pompeuses d’une autre époque encore soigneusement préservée et fièrement étalée au grand public. Le déplacement en vaut la peine.
Un lieu historique conduit à un musée en passant par quelques petits pubs anglais où se terre le londonien nouveau.
En parlant de lui, on peut en faire la description suivante : le jour il est homme d’affaire en complet noir, chemise bleue et cravate griffée sans rapport avec l’ensemble. Portable à la main droite et cellulaire à l’oreille gauche, il déambule à travers la horde de touristes encore sous le choc culturel comme s’ils n’existaient pas. Il brasse de grosses affaires dans le tube entre deux stations de métro. Et le soir, il prend une allure décontractée en jeans délavé, usés, râpés et griffés (eux aussi) et se donne en spectacle à son tour dans les clubs branchés, privés et vitrés avec videur bien baraqué devant la porte filtrant la crème anglaise. N’entre pas qui veut dans le circuit fermé du snobisme ! Le prolétaire quant à lui (souvent immigrant) travaille durement dans les restos et boutiques touristiques. Les Beefeathers au sourire British Airways posent inlassablement à la merci du touriste ébahi qui veut tout avoir en même temps. Talk about Cliché !!!
Une petite virée dans le Gay London ne révèle pas grand chose de nouveau. La scène ressemble à notre Village mais Montréal garde encore l’apanage du plus beau village Gay (On nous l’a dit) L’information gaie est facile à trouver dans Soho sur Old Compton ou Oxford. Il semble que l’activité se déplace d’un endroit à l’autre selon la journée de la semaine. Il faut être au bon endroit au bon moment. Le temps d’une bière pour souffler un peu (checkin’ out the race) et Londres nous arrache rapidement à nos bavardages. Elle nous happe encore une fois vers un autre délice visuel. Cette-fois, Dali nous entraîne dans l’évolution décadente de son délire. Juste à côté, l’Aquarium et The Eye of London sont autant d’endroits spectaculaires qui emplissent les yeux et le cœur de ravissements.
Les déplacements sont très faciles en ville : métro, autobus et trains nous orientent inévitablement vers une attraction nouvelle. Pendant notre séjour le London Museum présentait la plus grande collection d’arts égyptiens hors pays. Le jardin botanique Kews dévoilait les fantaisies des grandes dames de la cour qui de siècles en siècles rivalisèrent d’audaces pour créer de somptueuses serres et jardins abritant une flore venue du monde entier. Les Londoniens en sont fiers et le fréquente assidûment quand le temps le permet.
Parlant température, on ne va pas à Londres pour son climat. En septembre il bruine le matin, les nuages se dispersent et le soleil fait surface dans l’après-midi. Très bon temps de l’année pour visiter. Ni trop chaud, ni trop froid. Une petite laine est agréable le soir. Les petits restaurants sont nombreux et sympathiques mais un peu cher. Londres a les mêmes tarifs qu’à Montréal, mais il ne faut pas se laisser prendre au change. La livre vaut 2,5 huards. Ce qui augmente considérablement le prix d’un repas.
On repart le lendemain à l’assaut de l’Abbaye de Westminster : le plus bel exemple d’architecture gothique anglais. Ici le souffle nous manque. Rois et reines trônés ou décapités dorment en silence sous des dômes resplendissants de vitraux, d’or et de pierres précieuses récupérées au gré des conquêtes sanglantes. Art issued from conflicts… Ça dépasse l’entendement.
Au détour d’une rue le nec plus ultra des bar-sushi nous propose un design des plus avant-gardistes. Petits plats et bar à boisson défilent devant et derrière vous le long d’un comptoir automatisé full chrome. Un coup de métro et on se trouve devant la vitrine de Harrods : la mec mondiale du magasinage. Nous avons manqué ce rendez-vous mais demain si le temps le permet… Il ne le permettra pas. On voulait aller à Brighton, coin gai sur la Manche… on ne s’y rendra pas non plus. Londres nous garde en otage dans les murs de son histoire.
Si on veut ne rien faire, il y a de nombreux parcs à travers la ville où les londoniens prennent le temps de manger, et de goûter l’architecture locale.
C’est comme ça tout au long du voyage. Nous ne pouvons nous arrêter très longtemps avant qu’un monument nous intrigue et que l’on reparte à la conquête d’un nouvel émerveillement. C’est au retour de voyage qu’on se repose.
Une chose me frappe : Où sont les punks ? Ils ont sûrement fait les frais d’une chasse aux sorcières. Ils ne sont plus que sur les cartes postales. Les quelques spécimens que nous ayons vus découlaient plus du costume théâtral que du mode de vie. Ici, l’anarchie perd du terrain. Les jeunes sujets tripeux de Covent Garden veulent bien la légalisation des drogues douces (plus difficiles à trouver que les dures) mais il faudra attendre encore quelques siècles peut-être… car les reines ont la vie dure !!! Il faut par contre éviter d’acheter dans la rue, les escrocs pullulent. Alors on s’en prive et on s’attaque à une autre attraction touristique qui nous jettera la gueule par terre. N’oublions pas le théâtre de Shakespeare et les comédies musicales qui fleurissent le milieu des arts. Attention, les salles sont fermées le dimanche, on s’est fait prendre. La semaine passe et il est déjà temps de partir avec un pincement au cœur.
À l’aéroport au retour, la boutique du grand Harrods nous fait réaliser que nous avons manqué quelque chose. Un délice pour les yeux et un sacrifice pour le porte-monnaie. On aurait au moins pu y prendre le thé à deux en regardant les grandes griffes se disputer la garde-robe de Diana pour qui ils ont crée un petit musée culte au sous-sol exposant les bijoux qu’elle portait le fameux soir de l’accident. Humour anglais!
Quelques derniers achats, whisky haut de gamme, confiseries royales… et nous voici dans l’avion encore étourdi de notre voyage. Il n’est plus question de décalage horaire, mais de décalage dans le temps jusqu’à notre prochain retour vers le passé.
Bons baisers de Sa Majesté.
Richard (Franck) Bourcier
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